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De gauche à droite: les présidents Chouchkevitch (Bélarus), Karimov (Ouzbékistan) et Nazarbaïev (Kazakhstan) avec le président Felber lors d'une réception à Davos le 1er février 1992. Source: dodis.ch/60614.

Il y a 30 ans – La disparition de l'URSS et la reconnaissance de ses États successeurs

Il y a exactement 30 ans, le 23 décembre 1991, la Suisse était l’un des premiers pays à reconnaître les États qui succèdent à l’Union soviétique. «C’est, avec la reconnaissance précoce de la République populaire de Chine le 17 janvier 1950, l’un des rares écarts à la politique habituelle de reconnaissance de la Suisse», explique Sacha Zala, directeur du centre de recherche Documents diplomatiques suisses (Dodis). Appliquant une ligne directrice quasi sacrée du «ni dans les premiers, ni dans les derniers», le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) s’est en général tenu à l’écart des questions de reconnaissance. Et Thomas Bürgisser, responsable de la rédaction du volume de l’année 1991 des Documents diplomatiques suisses (à paraître bientôt), de rajouter: «Il est même plutôt étonnant que la Suisse ait agi avec une telle promptitude ce 23 décembre et qu’elle soit parmi les tout premiers États à reconnaître l’indépendance des anciennes républiques soviétiques». Jusqu’en 1991, l’URSS est composée de 15 républiques fédérées qui, de jure, jouissent de droits de souveraineté étendus, tandis qu’elles sont, de facto, subordonnées au pouvoir central de Moscou. Coup d’envoi dans les pays baltes La chute de l’empire soviétique en 1991 se produit à une vitesse vertigineuse. Ouvrent la voie les républiques baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie, aux velléités d’indépendance desquelles le pouvoir central s’est violemment opposé jusqu’au putsch manqué, en août, à Moscou (dodis.ch/C1951). Le 28 août, le président de la Confédération Flavio Cotti peut informer les présidents de ces trois pays de la décision du Conseil fédéral, selon laquelle «la Suisse établira des relations diplomatiques complètes avec les trois républiques baltes indépendantes» (dodis.ch/C2196). Du 3 au 6 septembre 1991, une délégation menée par l’ambassadeur Jenö Staehelin, chef de la Division politique I du DFAE, effectue un voyage à Tallinn, Riga et Vilnius afin de formaliser le rétablissement des relations diplomatiques par un échange de lettres (dodis.ch/57645). Création de la Communauté des États indépendants Le processus d’érosion de l’empire soviétique se poursuit inexorablement. Le 8 décembre 1991, les présidents de la Russie, du Bélarus et de l’Ukraine fondent la «Communauté des États indépendants» (CEI) dans le cadre des accords de Minsk. À cette occasion, ils constatent sans ambages que l’Union soviétique «en tant que sujet de droit international et en tant que réalité géopolitique met ainsi fin à son existence» (dodis.ch/60365). Dans la foulée, le DFAE délibère sur la position officielle de la Suisse. Lors de la réunion, «l’opinion s’est imposée qu’il ne fallait plus attendre pour la reconnaissance, dès lors qu’il était manifeste que le point de non-retour fût franchi. Dans ce cas, il faudrait toutefois reconnaître non seulement les républiques slaves, mais aussi celles qui s’efforcent d’être reconnues, du moins tant qu’une reconnaissance n’est pas sujette à controverse» (dodis.ch/58737). Discussion téléphonique d’avant-Noël Le 21 décembre, presque toutes les autres républiques de l’URSS se rallient à la CEI par la déclaration d’Alma-Ata (Almaty). Le point de non-retour semble atteint. Le lundi 23 décembre, à 13h30, le Conseil fédéral discute par téléphone d’une proposition du DFAE, transmise par fax à midi par la Chancellerie fédérale, concernant la reconnaissance en droit international et l’établissement de relations diplomatiques avec la Fédération de Russie ainsi qu’avec les républiques d’Ukraine, du Bélarus, du Kazakhstan, de Moldavie, de Géorgie, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, d’Ouzbékistan, du Turkménistan, du Tadjikistan et du Kirghizistan (dodis.ch/57514). «Il est important que la Suisse établisse le plus rapidement possibles des contacts avec les nouvelles républiques», déclare le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, appuyant la proposition du chef du DFAE René Felber (dodis.ch/57766). 15 minutes de délibération plus tard, le Conseil fédéral prend la décision 2518, la dernière de l’année. Gratitude pour la reconnaissance précoce Le soir même, le DFAE notifie par télex, via l’ambassade de Suisse à Moscou, la reconnaissance aux présidents Ter-Petrossian, Mutalibov, Chouchkevitch, Nazarbaïev, Akaïev, Snégur, Eltsine, Nabiev, Niyazov, Kravtchouk et Karimov (dodis.ch/C1950). Le Conseil fédéral diffère, «pour des raisons pratiques», la reconnaissance de la Géorgie, qui n’a pas adhéré à la CEI et dont la situation politique intérieure paraît confuse. Cette reconnaissance précoce devait porter ses fruits: «Lors de mes voyages dans les républiques successeurs de l’URSS», écrit l’ambassadeur de Suisse à Moscou, Jean-Pierre Ritter, «je suis frappé à chaque fois de la satisfaction et même de la gratitude qui nous sont témoignées pour avoir été les premiers en Europe occidentale à notifier notre reconnaissance des nouvelles indépendances et les premiers aussi à nous montrer sur place pour formaliser l’établissement des relations» (dodis.ch/59825). Établissement des relations diplomatiques La continuité des relations avec la Fédération de Russie, successeur juridique de l’URSS, est établie dès janvier 1992 par un simple échange de notes entre Moscou et Berne (dodis.ch/61322 et dodis.ch/61319). Ensuite, l’ambassadeur Ritter se rend à Erevan et Bakou en tant que représentant spécial afin d’établir des relations diplomatiques avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan (dodis.ch/61278 et dodis.ch/61241). Début février, le DFAE envoie le chef de la Direction des affaires administratives et du service extérieur, l’ambassadeur Johann Bucher, en mission spéciale à Kiev et à Minsk pour formaliser les relations avec l’Ukraine et le Bélarus (dodis.ch/60848). En juin, l’ambassadeur Ritter se rend à nouveau à Alma-Ata pour établir les relations avec le Kazakhstan (dodis.ch/60853). Le 23 mars 1992, Berne notifie la reconnaissance de la Géorgie, qui, comme les trois républiques baltes, n’a pas adhéré à la CEI (dodis.ch/61323). L’ambassadeur Ritter peut dès lors se rendre à Tbilissi en juin, où il établit les relations et présente ses lettres de créance au nouveau président Edouard Chevardnadze (dodis.ch/61191). En juillet, c’est enfin au tour d’Achgabat (Turkménistan) et de Tachkent (Ouzbékistan) (dodis.ch/61106). Contacts présidentiels La participation de délégations de haut rang des pays de la CEI au Forum économique mondiale (WEF) de Davos, début février 1992, donne l’occasion au ministre des affaires étrangères Felber, président de la Confédération cette année-là, de rencontrer les présidents Ter-Petrosian (Arménie), Mutabilov (Azerbaïdjan), Chouchkevitch (Bélarus), Nazarbaïev (Kazakhstan), Snegur (Moldavie) et Karimov (Ouzbékistan). Il a, au surplus, un échange approfondi avec le président Leonid Kravtchouk d’Ukraine (dodis.ch/61277 et dodis.ch/61354). L’établissement de relations diplomatiques entre la Suisse et le Kirghizistan est également décidé en février à l’occasion d’une visite de dernière minute, à Berne, du président Askar Akaïev au président de la Confédération Felber (dodis.ch/60852). Ce dernier procède également à un échange de lettres avec le président moldave Mircea Snegur le 2 septembre 1992 à Berne afin d’établir des relations diplomatiques (dodis.ch/61317). Missions diverses et mésententes La prise de contact avec les États successeurs de l’Union soviétique se fait par différents canaux. En avril et en juillet, des délégations de haut rang de l’Administration fédérale des finances se rendent par exemple dans les pays de la CEI. En vue de l’adoption du message complémentaire du Conseil fédéral sur la poursuite de la coopération renforcée avec les États d’Europe centrale et orientale (dodis.ch/59002), qui prévoit l’extension de crédits de développement à la CEI, le DFAE envoie deux missions dans toutes les républiques d’Asie centrale et de Transcaucasie, en août et septembre. La première de ces missions est à nouveau dirigée par l’ambassadeur Staehelin, et la seconde par son suppléant Daniel Woker. Les délégations comprennent en outre des représentants de l’Office fédéral des affaires économiques extérieures (dodis.ch/61252 et dodis.ch/61250). La coordination entre les différentes missions n’est pas toujours aisée; elle donne même lieu à des mésententes et des conflits de compétences (dodis.ch/58143, dodis.ch/60836 et dodis.ch/60846). «Helvétistan» et Heidi Tagliavini «Le vif intérêt des autorités suisses offre une double perspective de développement», explique l’historien de Dodis Thomas Bürgisser. D’abord, la Suisse veut s’assurer, après son adhésion aux institutions de Bretton Woods, un siège au conseil d’administration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Elle doit à cet effet créer son propre groupe de vote. Le Turkménistan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan ont ainsi pu, avec la Pologne, être ralliés. Plus tard, le Kazakhstan et le Tadjikistan ont également rejoint ce que l’on appelle le «groupe Helvétistan». «Grâce à son engagement en Asie centrale, la Suisse a pu s’assurer une influence dans ces organisations financières internationales», poursuit Bürgisser. Il est également à noter que l’ambassadeur Ritter est accompagné dans chacun de ses voyages par sa collaboratrice russophone. La jeune diplomate, Heidi Tagliavini, s’est vu par la suite confier des missions délicates dans des régions de conflit, comme en 1995 avec le groupe d’assistance de l’OSCE en Tchétchénie, en tant que représentante spéciale de l’UE chargée d’enquêter sur les causes de la guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008, ou encore en tant que représentante de l’OSCE en Ukraine en 2014.
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Manifestation contre l'évêque Wolfgang Haas le 17 juin 1990 à Coire. (Keystone-SDA, Keystone, 477127 (RM))

30 ans de relations avec le Vatican

«Dans l’objectif d’améliorer la représentation des intérêts suisses au Vatican, nous vous proposons de nommer, pour une période limitée allant jusqu’en 1992, un ambassadeur en mission spéciale auprès du Saint-Siège et d’attribuer le titre d’ambassadeur spécial au chef de la Division politique I» (dodis.ch/57567).«Cette demande du DFAE, adressée en des termes simples et acceptée par le Conseil fédéral il y a exactement 30 ans – le 30 octobre 1991 –, marque un tournant décisif dans les relations diplomatiques entre la Suisse et le Vatican», explique Sacha Zala, directeur du centre de recherche Dodis, qui poursuit: «C’est le premier représentant diplomatique nommé par la Suisse auprès du Saint-Siège». Cette étape intervient à la suite de l’histoire longue et parfois tumultueuse des relations entre la Suisse et le Siège apostolique.De la situation pionnière à la rupture des relations diplomatiquesEn 1586, la nonciature permanente, c’est-à-dire la représentation diplomatique du Vatican, s’établit à Lucerne. Le nonce apostolique devient ainsi – après l’ambassadeur de France qui réside à Soleure depuis 1522 déjà – le deuxième représentant diplomatique en Suisse. Cette forme de représentation est restée fondamentalement constante au cours du temps, à l’exception des cinq ans d’interruption sous la République helvétique.Cette continuité se rompra cependant à la faveur du Kulturkampf. En effet, l’expulsion du vicaire apostolique de Genève et la vive critique faite à l’encontre de la Suisse par le pape Pie IX dans son encyclique de novembre 1873 conduisent le Conseil fédéral à la conclusion que «le pape [ayant] prononcé de la manière la plus ostensible des accusations graves et répétées à l’endroit des autorités suisses et de ses résolutions, […] une représentation diplomatique permanente du Saint-Siège est devenue inutile». Le gouvernement décide dès lors, en décembre 1873, de rompre les relations (dodis.ch/42009).La reprise de relations unilatéralesPendant près d’un demi-siècle, la Suisse n’entretient aucune relation officielle avec le Vatican. Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour que les questions humanitaires rapprochent la Suisse neutre et le Siège apostolique. Cette convergence d’intérêts inaugure une coopération dans le domaine de l’internement des prisonniers de guerre malades et blessés (dodis.ch/43395), qui permet à son tour un nouveau rapprochement sur le plan politique.En juin 1920, le Conseil fédéral décide ainsi de la reprise des relations diplomatiques, mais «en posant toutefois comme condition expresse que la Suisse, comme elle n’avait pas pratiqué la réciprocité dans le passé, [ne pourra] pas la pratiquer dans l’avenir» (dodis.ch/44597 et dodis.ch/44567). En outre, le Conseil fédéral avertit l’envoyé du pape «qu’il entre sur un terrain quelque peu difficile et qu’il ferait bien de ne pas poursuivre une politique d’intervention dans nos affaires intérieures et d’éviter, par une grande retenue, toute matière à discorde entre catholiques et protestants ou entre catholiques eux-mêmes» (dodis.ch/44598).Vers une bilatéralisation des relationsDepuis 1920, le Vatican est donc à nouveau représenté officiellement en Suisse par un nonce apostolique. Le caractère unilatéral des relations est strictement respecté, également après la Seconde Guerre mondiale face à la crainte «de provoquer des luttes confessionnelles dans certaines régions de notre pays» (dodis.ch/6680 et dodis.ch/6681). Ce n’est qu’en 1963 que des signes d’un changement d’opinion apparaissent (dodis.ch/18831). Cependant, le gouvernement considère que la priorité est la révision totale de la Constitution fédérale et, avec elle, la suppression de l’article d’exception confessionnelle (interdiction des jésuites). Il faudra, pour cette raison, «encore un certain temps avant qu’un représentant diplomatique soit accrédité auprès du Saint-Siège» – comme l’assure le conseiller fédéral Willy Spühler à la Commission de politique extérieure du Conseil national en 1968 (dodis.ch/32151).Normalisation des relationsLe pronostic de Spühler se révélera exact. Il faudra attendre précisément 1987 pour qu’une «normalisation graduelle» des relations soit envisagée au sein du Conseil fédéral (dodis.ch/57616). Le choix même des mots donne lieu à des désaccords. En 1988, par exemple, le nonce apostolique se plaint que «l’on parle toujours de ‹normalisation› des relations», alors qu’il existe déjà bel et bien «des relations diplomatiques normales, qui peuvent toutefois être ‹perfectionnées› par l’établissement d’une ambassade suisse» (dodis.ch/58648). Deux ans plus tard, le même nonce qualifiera pourtant d’«absurde et dépassée» la nature unilatérale des relations (dodis.ch/58647).L’«affaire Haas», au début des années 1990, permet la poussée décisive. Les disputes autour de la nomination de l’ultra-conservateur Wolfgang Haas comme évêque de Coire montrent clairement les conséquences du fait que «la réalité suisse n’est rapportée à Rome que dans la perception du nonce» (dodis.ch/57567). Le DFAE examine en détail différentes options (dodis.ch/56234) et retient au final la proposition faite au Conseil fédéral de nommer l’un de ses principaux responsables, le réformé Jenö Staehelin, au poste d’ambassadeur temporaire en mission spéciale (dodis.ch/57567).En 2004, le Conseil fédéral procède à un ajustement en accréditant pour la première fois un ambassadeur de Suisse auprès de la Curie. Le 1er octobre 2021 – presque 31 ans après la première nomination d’un ambassadeur en mission spéciale –, le Conseil fédéral décide d’établir une ambassade suisse auprès du Saint-Siège. «La tension qui a prévalu historiquement entre le libéralisme de l’État fédéral et l’ultramontanisme continue d’opérer dans la mesure où les relations diplomatiques ne sont pas exemptes de controverses et qu’elles sont caractérisées par une prudence constante », résume le directeur de Dodis, Sacha Zala.
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Les quelque 1200 invités suisses et étrangers réunis à Sils, le 7 septembre 1991, pour la «Journée de l’Europe». Les discours et la cérémonie se tiennent sous la tente de Botta, le «symbole» des célébrations du 700e anniversaire. (dodis.ch/60332)

700e anniversaire de la Confédération – la dimension internationale

1291–1991 – 700 ans de Confédération – une raison de célébrer. C’est ce que se dit la Suisse à la fin des années 1980. Nommé «CH91», un gigantesque projet de célébration doit se dérouler en même temps qu’une exposition nationale autour du lac des Quatre-Cantons. L’idée, soumise à des votations, est sèchement refusée dans les urnes de Suisse centrale. Le nouveau concept, plus décentralisé, baptisé «Rencontres 1991» et placé sous la haute direction du Délégué du Conseil fédéral, Marco Solari, s’éloigne du gigantisme de la première proposition et fait la part belle à la dimension cosmopolite de la Suisse (dodis.ch/59889). Outre la «Fête de la Confédération» et la «Fête des quatre cultures», une troisième fête, dite «Fête de la solidarité», doit ainsi signifier que «la Suisse se considère comme faisant partie de la communauté des nations et qu’elle veut aussi contribuer à façonner cette communauté mondiale» (dodis.ch/57786).  Journée des relations internationales  La «Journée des relations internationales» qui se tient le 14 juin 1991 marque le démarrage de la dimension internationale du triptyque des célébrations (dodis.ch/C1922). Sur le domaine du Lohn, le Conseil fédéral reçoit des hôtes illustres pour des entretiens politiques: le Secrétaire général de l’ONU Javier Pérez de Cuéllar, la Secrétaire générale du Conseil de l’Europe Catherine Lalumière, le Secrétaire général de l’AELE Georg Reisch ainsi que les ministres des affaires étrangères des États voisins (dodis.ch/57698). D’autres invités suisses et étrangers les rejoignent pour la cérémonie qui suit au Palais fédéral. Parmi les orateurs, le Secrétaire général de l’ONU est l’un des plus élogieux en soulignant les trois «miracles» de la Suisse: le pays est uni même s’il est divers, il tient à son indépendance tout en s’ouvrant au monde et, enfin, il est pauvre en ressources naturelles et pourtant riche (dodis.ch/59057).  Le monde aux Grisons  Aux Grisons, principal canton hôte de la Fête de la solidarité, l’été est moins officiel, mais d’autant plus coloré. Cette fête internationale, consacrée aux pays non européens, propose de nombreux cours, concerts, projets d’échange et ateliers ainsi qu’une grande fête populaire à Coire. Cette dernière permet à des personnes venues des quatre coins du monde de se rencontrer. Si elle est un grand succès, le symposium «À qui appartient le monde?» consacré au dialogue Nord-Sud n’est quant à lui guère une réussite (dodis.ch/59059). L’invité d’honneur initialement prévu, le zimbabwéen Robert Mugabe, décline l’invitation en raison d’autres engagements (dodis.ch/57946).«Signe de loyauté envers l’Europe»  En dernière analyse, les «Rencontres européennes» en Engadine répondent à la volonté du Conseil fédéral de mettre un accent particulier sur les relations entre la Suisse et l’Europe, alors que les négociations avec la CE sur l’EEE sont dans une phase décisive (dodis.ch/57786). Elles offrent également l’occasion d’une contribution à la nouvelle Europe qui se construit en dépassant les frontières nationales (dodis.ch/57787). La jeune génération devrait dans ce contexte être une interlocutrice privilégiée: dans le cadre de la semaine de rencontre «Spiert Aviert» («esprit ouvert» en romanche), des jeunes de tout le continent échangent leurs points de vue sur l’avenir de l’Europe – des réflexions qui trouveront un écho lors de la cérémonie officielle de fin de semaine.La Journée de l’Europe, le 7 septembre, à Sils-Maria (dodis.ch/C1921), est devenue l’événement-phare des célébrations du 700e anniversaire, qu’il faut interpréter comme un «signe de loyauté de la Suisse» à l’égard de l’Europe, selon une déclaration reprise dans le rapport final destiné au Conseil fédéral (dodis.ch/59883). Trois personnalités de renom – Elisabeth Guigou, Mario Monti et Friedrich von Weizäcker – ont exposé leurs vues quant à l’avenir de l’Europe, alors que le Président Flavio Cotti prononce un discours visionnaire qui révèle combien il est un Européen convaincu (dodis.ch/57668). La présence de Bronislavas Kuzmickas, Vice-Président du parlement lituanien, illustre pour sa part les liens nouveaux avec l’Europe de l’Est. La Journée de l’Europe connaît en définitive un franc succès, entaché seulement par les «bouchons pour accéder à la tente» provoqués par la présence de nombreux membres de la noblesse européenne (dodis.ch/57683).  Dépasser les clichés  Outre ces festivités, les nombreux autres événements organisés par les ambassades suisses et les associations suisses à l’étranger pour célébrer le 700e anniversaire attirent également l’attention à l’extérieur du pays (dodis.ch/55757). La «campagne d’information probablement la plus vaste jamais organisée par la Suisse à l’étranger» assure une forme de retentissement international. La publication de communiqués de presse, de logos et de photos, l’organisation de conférences de presse et les invitations sont autant de moyens de «promouvoir une image de la Suisse globale et tournée vers l’avenir auprès d’un large public dans le monde entier» (dodis.ch/58068). Le but est de briser les stéréotypes et de présenter la Suisse sous un jour dynamique, ouvert et auto-critique – une prétention qui n’a guère pu être systématiquement satisfaite. À ce titre, l’ambassadeur suisse au Nigéria se plaint des informations par trop sélectives, critiques et biaisées sur l’aide suisse au développement (dodis.ch/58044).«Le désendettement: une question de survie»  La pétition «Le désendettement: une question de survie» lancée par les œuvres d’entraide propulse la coopération technique au cœur de l’année anniversaire, qui fournit du même coup «une occasion propice pour un nouvel acte de solidarité envers les membres démunis de la communauté internationale» (dodis.ch/56084). Un crédit-cadre, dont le montant de 700 millions de francs suisses participe à la symbolique de l’année, est accordé pour financer, d’une part, des mesures d’allègement de la dette en faveur des pays en développement les plus pauvres et, d’autre part, des programmes et projets environnementaux d’importance mondiale.Parallèlement, d’innombrables autres manifestations, expositions, projets, fêtes et célébrations dans l’esprit du 700e anniversaire jalonnent l’année 1991: ainsi, des jeunes du monde entier dansent à l’invitation du canton de Zurich lors de la World Youth Party (dodis.ch/57568), tandis que la «cinquième Suisse» inaugure la Place des Suisses de l’étranger à Brunnen et qu’au parlement fédéral des jeunes discutent de la politique étrangère suisse lors de la première session des jeunes (dodis.ch/58000).Un anniversaire bien pensé  En fin d’année 1991, le Bureau du Délégué du Conseil fédéral tire un bilan positif de cette année anniversaire: «À tous les niveaux, les célébrations du 700e ont largement contribué à abattre les fronts et à réduire les antagonismes» (dodis.ch/59883). Pour autant, elles n’ont pas pu effacer les difficultés initiales du projet, le choc qui traverse l’opinion publique depuis la révélation de l’affaire des fiches en 1989, l’indignation face à l’appel – jugé hypocrite – à la participation créative des artistes suisses et le boycott des milieux culturels qui en a résulté. Le groupe de projet de la fête internationale subit également une vague de critiques, mais s’en tient à ce qui est prévu: une fête qui ne sert pas à des moments de liesse, mais qui est «une façon de nourrir la réflexion sur le rôle de la Suisse dans le monde» (dodis.ch/59063).
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RTR Cuntrasts: 1923 sajetta Moritz Conradi a Losanna in diplomat sovietic d’aut rang. Il Russ-Svizzer cun ragischs grischunas vesa sa sez sco il nov Gugliem Tell che vul deliberar la carstgaunadad dal communissem.

L’«affera Conradi»: L’assassin grischun e la revoluziun

Avant 40 onns ha el purschì materia per in film da kino russ «emplenì cun clischés sovietics» (dodis.ch/49291). L’onn 1977 s’interessavan era cineasts en Svizra per «il tema anc adina pulit brisant» (dodis.ch/49292): I sa tracta da l’assassinat dal diplomat sovietic Wazlaw Worowski tras Moritz Conradi, in Svizzer en Russia, l’onn 1923 a Losanna. In mazzament cun consequenzas extendidas.Film documentar da Helen Stehli-Pfister Uss ha Helen Stehli-Pfister realisà per RTR in film documentar davart quest mument central da las relaziuns svizras-sovieticas en il temp tranter las guerras. Da la partida sco expert è Sacha Zala, directur dal post da perscrutaziun Documents Diplomatics da la Svizra. A chaschun da la premiera dal film ils 5 da mars 2017 ha il DDS arranschà in e-dossier cuntegnend documents istorics exclusivs ord la banca da datas online Dodis davart l’«affera Conradi».In mazzament a LosannaIgl è il confess d’in assassin: «Forsa vegnan pir noss vegnintsuenter a chapir mia acziun ed esser engraziaivels ch’jau hai cumbattì sco emprim cunter questa banda da delinquents internaziunala», ha Moritz Conradi dà per protocol a la polizia da Losanna. Ils 10 da matg 1923 aveva el schluppettà en l’Hotel Cécil davant perditgas il diplomat sovietic Wazlaw Worowski. Suenter il murdraretsch ha el sa laschà arrestar senza resistenza. El aveva agì ord persvasiun: «Tranter tals ch’èn sa participads al declin da la Russia ed indirectamain a quel da l’entira umanitad, na dati nagins innocents» (dodis.ch/48619).  Svizzer en Russia ed anti-bolschevist ardent  Ils Conradis, emigrads en la mesadad dal 19avel tschientaner dal Grischun, manavan a St. Petersburg, da lezza giada chapitala da la Russia zaristica, ina pastizaria flurinta. Suenter la Revoluziun d’october l’onn 1917 èn lur bains vegnids expropriads; il bab e l’aug da Moritz assassinads dals Bolschevichi. Durant la guerra burgaisa russa ha Conradi cumbattì sco uffizier da «l’Armada Alva» cunter ils «Cotschens». Suenter la sconfitta da las forzas cunterrevoluziunaras è el scappà via la Tirchia enavos en sia veglia patria. Qua è el vegnì en contact cun emigrants russ. Quests han probablamain intimà l’anti-bolschevist ardent al mazzament. «Crim dad ina persuna privata ad autras persunas privatas»?  Il di suenter l’assassinat è sa radunà il Cussegl federal a Berna. En in communiqué ha la Regenza federala sentenzià questa «violaziun da la morala e da la lescha» cun «indignaziun». Ulteriur basegn d’agir n’ha il Cussegl federal dentant betg vesì. Giuristicamain sofisticà n’ha la regenza betg taxà l’attentat sco delict politic, mabain sco «crim malign, commess dad ina persuna privata ad autras persunas privatas» (dodis.ch/44914). Il diplomat sovietic Worowski era bain delegà sco observader a la Conferenza da l’Orient ch’aveva lieu a Losanna. Pervia da divergenzas internaziunalas n’era el dentant betg accredità uffizialmain sco participant da la conferenza (dodis.ch/44913).   Decisiv per la sistida da las relaziuns La posiziun dal Cussegl federal vers l’attentat era fitg delicata. Tschun onns avant, il november 1918, aveva la Svizra exilià ina missiun sovietica, perquai ch’i vegniva renfatschà als diplomats bolschevics d’avair fatg «propaganda revoluziunara» ed aschia dad esser conculpaivels a la chauma generala svizra dal 1918 (dodis.ch/43740). Dapi lura era il rapport tranter Berna e Moscau mals (dodis.ch/44885). L’«affera Conradi» è alura stada decisiva per la sistida da las relaziuns da la Svizra cun la Russia sovieta durant plirs decennis. Pir suenter la Segunda Guerra mundiala han las duas regenzas puspè reprendì contacts uffizials. Cumplicitad dal Cussegl federal?  En ina nota diplomatica ha il minister da l’exteriur Georgi Tschitscherin crititgà vehementamain la posiziun dal Cussegl federal concernet il murdraretsch: La «refusaziun illegitima» dad attribuir il status diplomatic a Worowsi, saja stà in «act nunlubì ed ostil» ed haja chaschunà ina «situaziun anormala ed ambigua» che haja provocà attatgas cunter il delegà sovietic. Tuttina n’hajan las autoritads «prendì naginas mesiras preventivas» per impedir in act da violenza cunter el. Perquai portia la regenza svizra ina «responsabladad absolutamain evidenta e gronda», ina cumplicitad a l’assassinat (dodis.ch/44916).  Murdraretsch cunter violenza revoluziunara  Il Cussegl federal ha reagì cun in telegram salà sin las «accusaziuns impertinentas e malvulentas» da Tschitscherin. Il Departement politic federal (DPF, oz DFAE), manà dal anti-communist persvadì Giuseppe Motta, ha refusà tut las renfatschas ed è passà a la cunterattatga. I saja chaussa da la Regenza sovieta da finalmain conceder in’indemnisaziun per «las expropriaziuns ed ils acts da violenza nunditgs» ch’èn vegnì commess durant la revoluziun a millis Svizzers en Russia (dodis.ch/44917). Il process penal cunter Conradi menà fitg emoziunalmain vegn era a suandar questa logica. Acquittament da l‘assassin Las tractativas davant la dretgira da giuraders a Losanna durant il november 1923 eran orientadas pli pauc vers il mazzament effectiv, mabain vers la qualificaziun dal reschim da cussegls en Russia. A moda explicativa è l’act da Conradi vegnì congualà cun il destin tragic da sia famiglia, las suffrientschas dals Svizzers en Russia en general e las unfrendas dals Bolschevichi (dodis.ch/48632 e dodis.ch/48633). Ils giuraders han alura pelvair acquittà l’assassin. Na betg mo en Russia era l’indignaziun gronda. Il Cussegl federal da l’autra vart ha refusà tut las renfatschas cun renviament rigurus al federalissem e la separaziun da las pussanzas (dodis.ch/44953).  Represa da relaziuns per aut pretsch La Russia sovieta ha decretà in scumond d’en- ed extrada per Svizras e Svizzers e declarà in boicot per martganzia svizra. Prest ha Moscau signalisà interess per ina «regulaziun da la situaziun», insistiva dentant «sin ina tscherta satisfacziun en chaussa Worowski» (dodis.ch/44999). Adina puspè è il chass vegnì negozia cun mediaziun internaziunala (dodis.ch/45015 e dodis.ch/45172). L’onn 1927 è vegnì cuntanschì almain ina sligiaziun temporara (dodis.ch/45319). Igl ha dentant cuzzà fin l’onn 1946, fin che Berna – per in aut pretsch politic – ha cuntanschì la represa da relaziuns uffizialas cun la URSS (cf. e-dossier).  Vus pudais leger quest e-dossier era per tudestg, franzos, talian ed englais.Per il film: Link RTR.Data d'emissiun:dumengia, ils 05-03-2017, 17:25 sin SRF1mesemna, ils 08-03-2017, 08:35, 09:30 e las 12:50 sin SRF infogievgia, ils 09-03-2017, 11:00 sin SRF infovenderdi, ils 10-03-2017, 13:15 sin RSI LA2sonda, ils 11-03-2017, 14:20 sin RTS 2 e las 17:15 sin SRF1dumengia, ils 12-03-2017, 07:30 sin RSI LA1mardi, ils 14-03-2017, 14:55 sin RTS 2
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Le Chef de délégation, le Ministre Walter Stucki, avant son envol pour Washington. Ciné-Journal du 22 mars 1946, cf. dodis.ch/dds/1169.

L’Accord de Washington de 1946

Au début de l’année 1946, une délégation suisse de haut rang se rend à Washington pour des négociations. Il s’agit d'obtenir la libération des avoirs suisses bloqués aux USA et la levée du boycott par les Alliés des entreprises qui ont eu des relations économiques avec les puissances de l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale. En contrepartie, les USA, la Grande-Bretagne et la France réclament les avoirs allemands entreposés sur des comptes bancaires suisses. L’Accord de Washington (dodis.ch/1725), conclu il y a 70 ans, le 25 mai 1946, après de difficiles négociations, représente un jalon dans la politique étrangère suisse. C’est le l’acte décisif qui permet de sortir de l’isolement et d’ouvrir la voie pour l’intégration du pays dans l’ordre d’après-guerre. «Une épreuve pour chaque Suisse, épris de liberté» En 1944, la pression des Alliés sur la Suisse neutre s’accroît fortement. Le pays est alors considéré comme un profiteur de guerre car il est resté, même lorsque la défaite était imminente, économiquement étroitement lié à l’Allemagne nationale-socialiste. «Ce serait vraiment une épreuve pour chaque Suisse épris de liberté, s’il sentait qu’il a entravé, de quelque façon que ce soit, les efforts des autres pays libres pour libérer le monde d’un tyran sans scrupules», rappelle le Président américain Franklin D. Roosevelt au Président de la Confédération Eduard von Steiger en janvier 1945 (dodis.ch/47946, original en anglais). Les médias le disent de façon brutale: «dans la presse américaine, il nous a été reproché de soutenir leur ennemi mortel» (dodis.ch/47994, original en allemand). Au début de l’année 1945, une délégation alliée réclame le blocage des avoirs allemands en Suisse, l’interruption des exportations vers le Troisième Reich et du commerce de l’or avec la Reichsbank, ainsi que l’arrêt du transit entre l’Allemagne et l’Italie du Nord. L’Accord Currie du 8 mars 1945 Le 8 mars 1945, les Suisses acceptent dans une large mesure les conditions exigées par le chef de la délégation américaine, Lauchlin Currie (dodis.ch/47990). En revanche, l’Accord Currie ne règle ni la question des avoirs allemands dans les banques suisses ni celle du maintien du secret bancaire qui lui est liée. «Faire une enquête sur les capitaux étrangers en Suisse, c’est porter un coup mortel à la réputation de discrétion dont jouit notre pays, c’est par là même le ruiner car les capitaux étrangers fuiront ailleurs à la première occasion», rappelle l’Association suisse des banquiers (dodis.ch/48006). Les banquiers attirent l’attention sur «la place des capitaux étrangers dans la balance des paiements suisse et dans les recettes fiscales»; «Ce serait un désastre, si la décennie actuelle venait à détruire ce qui a été bâti lors des décennies précédentes» (dodis.ch/67, original en allemand). La diplomatie «a toujours soutenu[e] les intérêts des banques suisses et n’entend pas modifier sa ligne de conduite à cet égard» (dodis.ch/38). C’est par ces mots que le Conseiller fédéral et nouveau Ministre suisse des Affaires étrangères Max Petitpierre cherche à calmer les esprits. Le Ministre Stucki à Washington La pression des USA ne se relâche pas. Washington gèle les avoirs suisses aux USA et inscrit les personnes et entreprises qui ont commercé avec l’Allemagne sur une « liste noire». Le diplomate bernois Walter Stucki est nommé par le Conseil fédéral chef de la délégation pour une nouvelle ronde de négociations avec les USA, la Grande-Bretagne et la France. «Nous ne transigerons pas avec la souveraineté suisse», fait observer ce dernier lors d’une réunion préparatoire (dodis.ch/65). «Le principal objectif » consistant, «à parvenir à une solution avec les Alliés, […] qui prenne en compte les convictions juridiques et les intérêts suisses et qui soit propre à dissiper l’atmosphère de méfiance qui domine encore aujourd’hui dans le camp des Alliés vis-à-vis de la Suisse.» Pas à pas, le Ministre Stucki planifie les revendications en vue de détruire «le fondement des prétentions alliées» (dodis.ch/68, original en allemand). «une muflerie inouïe» Ce qui attend les Suisses à Washington réduit rapidement ces attentes à néant. Stucki se voit obligé, en avril, de venir en personne à Berne pour y chercher de nouvelles instructions. «Deux murs» se font face, rapporte-il au Conseil fédéral. La position des Alliés consiste à considérer que les avoirs allemands en Suisse leur appartiennent, «pas de façon rigoureusement juridique, mais d’un point de vue élevé, moral». Selon les Alliés, la Suisse, «en tant qu’Etat privilégié sauvé » par ces derniers, serait «obligée de mettre ces avoirs à [leur] disposition». Sans détour, les Américains notifient à la délégation suisse quֹ’elle «ferait mieux de rentrer chez elle» si elle «ne change pas d’avis» ce qui pour Stucki est «une muflerie inouïe». La manière de négocier, inhabituellement familière, des Américains repose alors sur le rapport de force réel: «Les Alliés ont vraiment les moyens de nous rendre la vie très compliquée», déclare le diplomate expérimenté (dodis.ch/48220, original en allemand). La livraison de «l’or volé» Un «véritable feu roulant d’attaques et de diffamations» attend Stucki, lorsqu’il revient à Washington avec de nouvelles instructions. Finalement, les délégations se mettent d’accord pour liquider les avoirs que les ressortissants allemands ont déposés sur des comptes bancaires suisses et de partager les recettes pour moitié avec les Alliés comme «contributions volontaires pour la reconstruction de l’Europe » et l’autre moitié pour la Suisse en compensation de ses prétentions envers l’Allemagne. Sans surprise, la question de l’acquisition « en toute bonne foi» de l’or de la Reichsbank déposé dans les coffres de la Banque nationale suisse est au centre des revendications des Alliées. La Suisse doit finalement payer 250 millions de francs aux Alliés pour «l’or nazi», toutefois «sans reconnaissance d’une obligation légale». Ce «compromis» est à peine plus favorable que les exigences d’origine des Alliés considérées en Suisse comme «scandaleuses et impossibles à satisfaire» (dodis.ch/69, original en allemand). La question des «fonds en déshérence» L’Accord de Washington avec ses annexes peut être lu en détail sur la base de données Dodis (dodis.ch/1725) – tous les documents en lien avec les négociations se trouvent sous le permalien dodis.ch/R27201 et le mot-clé Accord de Washington. En 1946, toutes les annexes ne sont pas publiées. Ainsi, une lettre sur «le montant des biens en Suisse de victimes d’actions de violences perpétrées récemment par l’ancien Gouvernement allemand, qui sont mortes sans héritiers» est tenue secrète. Le Conseil fédéral examinera «avec bienveillance» la question de ces biens (dodis.ch/1730). Les «avoirs en déshérence» occuperont la diplomatie durant de longues décennies (cf. dodis.ch/T619). L’affaire éclatera véritablement après la fin de la Guerre froide, dans les années 1990. L’opinion de l’historien«Je ne sais pas comment les historiens de l’avenir apprécieront l’opération à laquelle nous avons procédé ici», écrit William E. Rappard, conseiller de la délégation suisse, au Conseiller fédéral Petitpierre. Le professeur genevois s’attend à des félicitations dans la question de l’or, mais moins d’indulgence pour un «tel abandon des principes» dans la liquidation des avoirs allemands. Qu’un petit pays puisse faire renoncer à trois grandes puissances à «une partie fort appréciable de leurs prétentions, cela représente presque un miracle diplomatique à mes yeux», dit Rappard (dodis.ch/17). Cependant la Suisse n’a, avec ses capacités financières et industrielles, en aucun cas le poids plume qu’elle prétend avoir. En outre, le pays profite de la Guerre froide qui se profile. L’essentiel réside moins dans le contenu de l’Accord de Washington que dans ses répercussions à long terme: Pour normaliser les relations avec la Superpuissance américaine, presque tous les sacrifices devaient être concédés.
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De gauche à droite: le Conseiller fédéral Max Petitpierre en discussion avec le Ministre Eduard Zellweger (Belgrade) et Hermann Flückiger, premier envoyé diplomatique à Moscou. Ciné-Journal suisse du 5.4.1946.

L'établissement des relations diplomatiques avec l’URSS

Le 18 mars 1946, un échange de notes diplomatiques à Belgrade (dodis.ch/48190) marque l'établissement des relations officielles entre la Suisse et l’Union soviétique après presque 30 ans de silence radio. La normalisation des rapports avec la nouvelle superpuissance de l’Est est une condition essentielle pour le développement des relations internationales de la Suisse au début de la Guerre froide.Temps morts diplomatiquesDepuis l’expulsion d’une mission diplomatique soviétique en novembre 1918 (dodis.ch/43740), des «temps morts diplomatiques» règnent entre Berne et Moscou. La tentative d'établir des contacts avec l’URSS, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, est sèchement rejetée par les Soviétiques, en raison de la «politique pro-fasciste» poursuivie par la Confédération, comme on peut le lire dans une note diplomatique virulente datant de l’automne 1944 (dodis.ch/47881). Suite à cet affront, le Ministre suisse des Affaires étrangères, le Conseiller fédéral Marcel Pilet-Golaz, démissionne de ses fonctions (dodis.ch/47892). La fin de la guerre et les avoirs soviétiquesPour le nouveau Ministre des Affaires étrangères Max Petitpierre, la normalisation des relations avec le vainqueur à l'Est est une priorité. Un prix élevé doit être payé pour atteindre cet objectif. En septembre et octobre 1945, le Conseil fédéral lève le blocage, effectif depuis 1941, des avoirs soviétiques déposés à la Banque nationale et dans les banques privées. Le gouvernement considère qu’il faut «toujours garder à l'esprit le souhait d'une normalisation des relations bilatérales», alors que ce dégel est une «contribution préalable» à l'intention de Moscou (dodis.ch/57, original en allemand). 20 millions de francs ont été versés sans que la question des très grandes demandes d’indemnisations financières – plus de 1,5 milliard rien que pour les expulsions, les pillages et les expropriations après la Révolution d’Octobre de 1917 (dodis.ch/51) – ne soit abordée. La question des internés et une offre immoraleEn outre, des négociations se tiennent à la fin de la guerre avec une délégation militaire afin de fixer le destin d'environ 10'000 prisonniers de guerre et travailleurs forcés soviétiques qui ont fui l’Allemagne nazie pour la Suisse. Tous ne veulent pas retourner en Union soviétique, notamment un réfugié politique et un déserteur. Selon les critères du droit international, ces deux Russes n'auraient pas dû être extradés. Moscou exige pourtant un échange avec cinq diplomates suisses retenus en URSS. À Berne, on craint que «le rejet de la proposition russe n’influence défavorablement la volonté de l’Union soviétique d'établir des relations diplomatiques avec la Suisse» (dodis.ch/53, original en allemand). En décembre 1945, le gouvernement cède à la pression soviétique (dodis.ch/1340).Le «chemin de Canossa» helvétiqueL’arrangement sur la question des internés ouvre la voie aux négociations sur la reprise des relations avec l’URSS. A l’initiative du Ministre de Suisse en Yougoslavie, Eduard Zellweger, des pourparlers débutent avec l’Ambassade soviétique à Belgrade. À nouveau, les Soviétiques posent des exigences dures. Ils réclament du Conseil fédéral des excuses pour sa «politique antisoviétique» passée, ce que Petitpierre refuse dans un premier temps (dodis.ch/1921; cf. aussi dodis.ch/50). «[L]e Conseil [f]édéral a manifesté qu’il [modifie] son attitude antérieure, dans la mesure où elle a été inamicale à l’égard de l’URSS», concède finalement en ces termes le Conseil fédéral (dodis.ch/48190). Normalisation après la «catastrophe»Après l’échange de notes diplomatiques du 18 mars 1946, la situation évolue rapidement. Ainsi, à la fin avril 1946, Hermann Flückiger peut déjà prendre ses fonctions de premier envoyé diplomatique à Moscou. De même, les relations économiques se développent. En mars 1948, la Suisse et l’URSS concluent un accord commercial (dodis.ch/4021). Néanmoins, les circonstances dans lesquelles le gouvernement normalise les relations avec l'URSS sont traumatisantes pour la Suisse. Les concessions importantes ainsi que la procédure humiliante sont une catastrophe pour la diplomatie suisse, et de vastes conséquences en découlent.
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