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Le volume 18 des Documents Diplomatiques Suisses couvre la période de juillet 1949 à avril 1952. La situation internationale est marquée par la tension grandissante entre les deux blocs; elle connaît son paroxysme dans le conflit qui éclate et se poursuit en Corée.
Dans ce contexte, la conduite de la politique de neutralité est soumise à une épreuve majeure. En effet, liée sur le plan moral et économique au bloc occidental, la Suisse doit-elle pour autant participer aux interdictions dexportations de tous les produits dits stratégiques, décrétées par le gouvernement des Etats-Unis dAmérique, à lencontre des Etats communistes? Face à ces pressions comment faire prévaloir la neutralité proclamée de la Suisse?
Après bien des discussions, les responsables américains acceptent partiellement le principe du «courant normal» revendiqué par la Suisse dans ses échanges économiques avec les pays du bloc communiste. En proposant des listes de produits interdits à lexportation vers les pays communistes, les Etats-Unis imposent pratiquement à la Suisse lobligation de les prendre en compte si elle veut sépargner des sanctions sur le marché américain; aussi larrangement convenu entre les deux gouvernements connu en tant que «Hotz-Linder Gentlemens Agreement» constitue-t-il une «solution pratique» qui permet surtout à la Suisse de développer ses échanges avec son principal partenaire commercial que sont les Etats-Unis; malgré les exigences de ces derniers, les modalités prévues sauvegardent, aux yeux du Conseil fédéral, sa politique de neutralité. Celle-ci trouve dailleurs dans le conflit de Corée une occasion den faire valoir lintérêt. En effet, la Suisse est sollicitée à faire partie de la Commission internationale de contrôle de larmistice en Corée, mission quelle accepte en y détachant des officiers aux côtés dautres délégations militaires placées sur la ligne séparant les deux Corées.
Sur le plan multilatéral, la diplomatie suisse poursuit sa coopération au sein de lOrganisation européenne de coopération économique (OECE) et de lUnion européenne des paiements (UEP), à laquelle elle adhère en 1950. En revanche, elle se tient à lécart du Conseil de lEurope qui vient dêtre créé; le jugeant trop politique, elle se contente dy envoyer des représentants qui prennent part aux travaux des comités techniques. Face au Plan Schuman dont on mesure bien à Berne limportance pour léconomie suisse, il sagit pour linstant den suivre la mise en œuvre, mais il nest pas question de sy associer.
Quant aux relations avec lOrganisation des Nations Unies (ONU), elles sont de plus en plus étroites et concrètes du fait de linstallation progressive à Genève dorganisations spécialisées, au sein desquelles travaillent de plus en plus de fonctionnaires et experts suisses dont certains y assument des responsabilités. De la sorte, les responsables de la diplomatie suisse sont informés à bonne source des affaires traitées et des questions mises à lordre du jour des conférences ou réunions spéciales des organisations internationales auxquelles la Suisse a adhéré. Le gouvernement fédéral refuse en revanche de prendre part aux travaux du General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), dont le secrétariat est installé à Genève, argumentant de son manque duniversalité, mais il ne soppose pas à lémission demprunts en Suisse par la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), bien quil nen soit pas membre.
Sur le plan économique, ce sont les négociations au sujet de la mise en œuvre de laccord de Washington de 1946 qui occupent encore une place importante. Il sagit notamment de régler la question des avoirs privés allemands bloqués en Suisse et du séquestre de sociétés suisses qualifiées «propriété allemande» par les Alliés. Le règlement de ce long contentieux est renvoyé à un arrangement direct à négocier entre la Suisse et la nouvelle République fédérale dAllemagne. Sy ajoute le problème plus complexe encore du sort des avoirs en déshérence dans les banques et sociétés suisses, ayant appartenu à des victimes du pouvoir hitlérien; les modalités dun règlement proposées par le gouvernement suisse sont discutées avec les représentants dorganisations juives américaines.
Dautres questions économiques et financières qui préoccupent le gouvernement fédéral ont trait aux conséquences de la dévaluation de la livre sterling sur le commerce extérieur suisse, aux négociations épineuses menées avec les Etats-Unis; premier partenaire commercial de la Suisse, les Etats-Unis exigent notamment lintroduction dune «clause échappatoire» dans laccord de commerce de 1936, les autorisant à supprimer unilatéralement certaines conditions déchanges prévues dans laccord avec leur partenaire. Comportant dautres aspects quéconomiques, la vente et lachat de matériel de guerre, notamment aux Etats-Unis, représentent un enjeu considérable sans oublier les ventes darmes à la France, à lEgypte et à Israël effectuées ou envisagées durant la période. Linfluence des milieux suisses de lindustrie de larmement non seulement auprès des autorités fédérales, mais aussi directement auprès de gouvernements étrangers intéressés à lacquisition de matériel suisse, est une donnée non négligeable du rôle international de la Suisse dans un contexte de conflits ouverts ou de préparatifs de guerre qui marquent le début des années cinquante. Dans ce domaine, le Conseil fédéral doit élaborer des compromis touchant aussi bien sa politique de neutralité que la législation sur lexportation de matériel de guerre pour tenir compte des besoins de la défense nationale.
Quant à la politique de sécurité intérieure et extérieure, les documents apportent un éclairage original sur le regard que portent de hauts responsables étrangers sur la fonction stratégique de la neutralité suisse et sur la capacité de défense du pays. Sont aussi documentées des mesures concrètes envisagées en cas de conflit en Europe pour mettre en sécurité les réserves or de la Banque nationale ou pour assurer lordre intérieur en cas de troubles.
Ce sont les rapports bilatéraux qui comptent le plus grand nombre de documents retenus ici. Dans les relations de la Suisse avec ses divers partenaires, ce sont les questions économiques qui dominent, mais celles-ci contiennent souvent une dimension politique; des questions proprement politiques, diplomatiques, culturelles et humanitaires nen ont pas moins été aussi prises en considération, quand elles ont paru significatives, voire exceptionnelles.
Tout à fait original apparaît le début de la coopération économique et surtout financière avec lAfrique du Sud. Complexes et incertaines sont les relations avec les nouvelles entités étatiques allemandes mises en place, donnant naissance à la République fédérale dAllemagne (RFA) et à la République démocratique dAllemagne (RDA) que Berne hésite à reconnaître. La diplomatie suisse sévertue à affirmer le principe de lunité de lEtat allemand, estimant que les deux entités créées par les Puissances victorieuses ne sont que provisoires; mais à la suite de lengagement des nouvelles autorités de Bonn à assumer les charges de lancien Etat allemand, elle se résout à procéder à la reconnaissance de la RFA avec laquelle elle réussit à apurer lessentiel du contentieux résultant des obligations économiques et financières de lancien Reich à légard de la Suisse. Berne doit procéder à une réorganisation de sa représentation diplomatique et consulaire dans la nouvelle République fédérale et trouver avec cette dernière des arrangements de tous ordres pour reprendre les activités déchanges commerciaux, mais aussi des personnes, prenant en compte la présence des Autorités doccupation dont les compétences encore décisives au début de la période prise en considération sont progressivement dévolues aux nouvelles autorités allemandes. Avec la RDA, des solutions pragmatiques sont mises en œuvre afin de préserver les intérêts des milliers de Suisses établis dans la zone soviétique, à défaut de pouvoir conclure avec le Gouvernement est-allemand un accord similaire à celui qui a été signé avec Bonn, accord qui lui aurait permis de le reconnaître et détablir des relations diplomatiques normales avec Berlin-Est.
Un autre défi sest posé à la diplomatie suisse au moment du succès de la Révolution chinoise à la fin de 1949: fallait-il suivre dans sa retraite à Taïwan le gouvernement du Généralissime Tchang Kai-Chek et rester solidaire des Puissances occidentales qui refusèrent de nouer des contacts et de reconnaître les nouvelles autorités de la République populaire de Chine ou au contraire procéder à la reconnaissance de cette dernière, en faisant valoir la sauvegarde dintérêts propres à la Suisse et sa politique de neutralité? Berne na jamais regretté davoir osé se singulariser par rapport au bloc occidental en installant sa représentation à Pékin dès 1950.
Comme dans les volumes précédents, nous navons pas pu retenir au chapitre des rapports bilatéraux des documents pour tous les pays avec lesquels la Suisse entretient des relations diplomatiques; nous avons dû nous limiter à choisir des documents qui rendent compte daspects significatifs daffaires à régler telles que celles résultant en France des nationalisations ou des sanctions dont sont encore victimes des Suisses pour faits de collaboration ou celles relatives à lindemnisation de dommages de guerre ou de mesures détatisation dans les pays communistes.
Très originales apparaissent les demandes de plusieurs gouvernements, notamment de lInde et du Pakistan pour lenvoi dofficiers instructeurs pour former des troupes de skieurs militaires dans la région du Cachemire, ou encore pour la désignation dune haute personnalité suisse pour administrer lorganisation envisagée dun plébiscite au Cachemire. Quant à la réponse du Gouvernement fédéral au Gouvernement iranien, sollicitant lenvoi dexperts suisses, lors du conflit entre Téhéran et Londres, résultant de la nationalisation de lindustrie pétrolière en Iran, elle montre la réticence de Berne à contrarier la Grande-Bretagne engagée dans un bras de fer avec Mossadegh.
Nous avons aussi jugé utile de documenter les considérations développées au sein de lAdministration fédérale au sujet de la création de nouvelles représentations diplomatiques dans des pays tels que lIndonésie, Israël, Jordanie ainsi que du développement des services au sein de certaines Légations en y installant des attachés sociaux ainsi que des attachés militaires.
Quelques documents rendent compte daspects particuliers de la politique fédérale quil sagisse du droit de parole et de publication détrangers en Suisse, de son soutien à des projets démigration au Brésil, daide aux réfugiés de la guerre de Corée ou du sort des enfants grecs victimes de la guerre civile ou encore du début de laide économique ou de la coopération technique aux pays économiquement arriérés, dont le premier bénéficiaire est le Népal.
Genève, février 2001 Antoine Fleury
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